Pan y toros musique

Musiques & Spectacles

L’Espagne en musique….

Pan y Toros, zarzuela en trois actes de Picón et Barbieri, présentée par Antoine Le Duc

Considérée comme la modalité espagnole du théâtre lyrique, la zarzuela est un genre musical qui emprunte ses caractéristiques formelles à l’opéra-comique français ou au Sinsgpiel allemand en faisant alterner une partie musicale (airs, duos, ensembles, intermèdes orchestraux, danses chantées à caractère populaire) avec de longues séquences parlées.

Définition traditionnelle  du dictionnaire de l’Académie Espagnole : Zarzuela. Composición dramática, parte de ella cantada. Melodrama (DRAE, cité par Barbieri).

Définition moderne : Obra dramática y musical en que alternativamente se declama y se canta.

La zarzuela Pan y toros  a été créée le 22 décembre 1864 au Teatro de la zarzuela. C’est une œuvre importante, en trois actes comme la plupart des opéras-comiques français du XIXe siècle. Le seul livret sans la musique comprend 104 pages. 366 pages pour la partition piano-chant.

Le librettiste José Picón (Madrid, 1829 – Valladolid, 1873) est un dramaturge injustement oublié, auteur de comédies de mœurs et de livrets de zarzuelas.
Pan y toros, son chef-d’œuvre, peut être considéré comme un véritable drame historique.

Le compositeur Francisco Asenjo Barbieri, aussi célèbre au-delà des Pyrénées qu’Offenbach en France, nous a laissé plus de 70 ouvrages lyrico-dramatiques. Au dire des spécialistes, la musique de Pan y toros est considérée comme la plus aboutie de toute son œuvre.

Le livret de Pan y toros s’appuie sur des faits historiques, à savoir la guerre franco-espagnole de 1793 -1795.

Paris, 21 septembre 1792. La Royauté, dogme et raison de la civilisation, est abolie et la République est
proclamée. Ces événements ont de graves répercussions Outre-Pyrénées. Attaché au principe intangible de la monarchie et soucieux de défendre son parent, Charles IV donne carte blanche à son ambassadeur Ocaña pour faire libérer Louis XVI. La Convention fait la sourde oreille. Le premier ministre, Manuel Godoy, propose alors de reconnaître la République contre l’élargissement des  prisonniers du Temple.

La Convention réplique en déclarant la guerre à
l’Espagne.

La campagne militaire centrée autour de Perpignan dure  deux ans : de mars 1793 à juillet 1795.

Après quelques succès initiaux sans lendemain, l’Espagne vaincue signe le traité de Bâle en juin 1795.

La zarzuela s’ouvre sur les premières défaites de l’armée espagnole.

Dans chacun des deux camps interviennent des personnages réels et fictifs. Du côté des méchants sévit la camarilla au pouvoir dominée par des personnages fictifs : le corregidor, la duchesse, le général, et réels comme Pepita Tudo (la maja desnuda de Goya?); du côté des gentils s’impose la princesse de Luzán, l’âme d’une conspiration menée contre la clique corrompue et soutenue par son amant, le capitán Peñaranda,
personnages fictifs, tout comme le savoureux abbé Laprune (abate Ciruela) qui navigue entre deux eaux avec talent, auxquels se joignent des noms bien
connus : Goya, la Tirana, Jovellanos, trois toreros
célèbres : Pepe-Hillo, Pedro Romero et Costillares.

Autour de ces gens gravite le petit peuple de Madrid : manolos et faux aveugles qui côtoient les honnêtes et pittoresques marchands ambulants des deux sexes.

Toute l’intrigue de Pan y toros, simple dans son
principe mais complexe dans son développement, est fondée sur la menace que fait peser sur le pouvoir corrompu la défaite annoncée des armées espagnoles. Il s’agit dès le début de sauver de la mort par
fusillade un soldat porteur de nouvelles inquiétantes sur la situation militaire.►

◄ Qu’adviendra-t-il de la clique au pouvoir si, par l’intermédiaire du messager  menacé de mort, le roi est informé des revers de l’armée ? Corrompue, peu
soucieuse du bien public, responsable du désastre, elle sait que l’opinion découvrira les scandales et les
turpitudes de la cour. Godoy au pouvoir sera discrédité. Il faut à tout prix préserver le secret, en étouffant dans l’œuf la conspiration menée par la princesse de Luzán.

Le remède à la situation?  Maintenir le peuple dans l’ignorance. Pan y toros. Du pain et des corridas pour l’endormir. “Nous sommes perdus, déclare le corregidor, si le peuple a accès à l’instruction”.

Barbiéri marie avec bonheur dans cette zarzuela, la musique dite savante et la musique populaire qui tout au long du premier acte chatoyant, coloré et pénétré d’une vie intense, fait  chanter et danser les toreros et les manolos des faubourgs, avec force guitares,
bandurrias et mandolines. Dans les actes II et III, pour complaire à son auditoire des beaux quartiers, il  offre des airs à l’italienne, romanzas,  duos, trios,
ensembles, souvent d’un grand effet dramatique comme les ensembles de stupéfaction caractéristiques de l’opéra romantique italien, ainsi que des
intermèdes orchestraux d’une grande intensité
expressive. L’orchestre est celui de Mozart et Rossini.

Pour satisfaire pleinement  son  auditoire, il enrichit sa palette sonore de réminiscences de chant grégorien et de séquences musicales marquées par le style
français.  

Quant au livret, satirique à souhait, il contient en cette année 1864 de nombreuses allusions d’un grand intérêt à la réalité politique et sociale du moment, allusions qui ne pouvaient guère échapper au public, familier des frasques de la reine Isabelle II en galante compagnie avec ses premiers ministres, O’Donnell et Narvaez, choisis au gré des rigodons largement
dispensés lors des bals de cour.■

Antoine Le Duc

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